Exposition collective #5
Valeria Capitanio



"Pattern, terme anglais [’pæt(ə)n] 1. modèle, exemple. 2. (a) modèle, dessin, maquette ; (b) patron ; (c) gabarit. 3. échantillon. 4. dessin, motif.
Et maintenant, une grammaire : le travail de Valeria Capitanio s'organise à partir d'un certain nombre de silhouettes de base. Chaque silhouette a le même tracé que les autres, mais aucune n'a la même position.
En fait, chaque silhouette est une position.
Du coup, toutes les silhouettes portent le nom de "patterns" et chaque silhouette se distingue par un numéro : le sien. Ainsi que par le mouvement qu'elle amorce.
Assemblées, adossées, juxtaposées, superposées, se coupant ou se démarquant ou se complétant, elles composent une série. Qui a un nom. "Postures", "tracings", "marks" (jusqu'à présent).
Et qui dessine un mouvement d'ensemble à partir de leurs positions initiales.
Car le but est que la série avance. Se déplace. Et déplace (voire dépasse) toute position de départ. Y compris la nôtre qui regardons.
A vrai dire surtout la nôtre : ce regard à partir duquel nous suivons, et percevons, l'évolution qui est en cours.
Si bien que là, on le sent se retourner à son tour. En mouvement."
Bruno Gaudens (www.brunogaudens.com)
Damien Valero



Caroline Escaich



"Pour Caroline Escaich, le trait tisse ce lien qu'elle élabore entre des concepts paradoxaux. A partir de ce trait épuré et fragile, ou foisonnant et bouillonnant, qui mord ou effleure la feuille - souvent du très beau papier - avec une sensualité jamais assouvie, exaltée par le crayon, le fusain ou le pastel à l'écu, magnifiée par l'économie de moyens. Caroline Escaich signifie sa relation à l'espace et au volume. Ses dessins semblent suspendus à un fil, donnant parfois l'illusion du volume en déliant les pleins et les vides et en dévoilant l'intérieur et l'ailleurs figurés par une composition qui déborde du cadre de la feuille ou de la toile(...)
Toison, touffe, le poil foisonnant alter-ego du trait, est omniprésent ; il envahit l'espace , ou au contraire le déserte. "L'espace, la dualité plein-vide sont au centre de mes préoccupations. Le blanc du papier, de la toile, c'est en soi l'espace" explique l'artiste."
Extrait de Paris-art.com, par Brigitte Camus
Jean Claude Mouton



Le travail de Jean-Claude Mouton se fonde sur les paysages urbains afin de poser des questions sur la photographie, la représentation ainsi que les images. A Berlin, la disparition de la frontière entre l'est et l'ouest a été pour lui l'occasion de 10 années de prises de vues. Les photographies, de petit format (6 X 6 cm), sont des traces rongées par la lumière et ne montrent finalement que peu de chose, comme un mémorial fasciné par l'oubli.
Les tampons créent par Jean-Claude Mouton
représentent une extension du domaine de la photographie, une
réappropriation de la chose imprimée, même si ce n'est qu'une imprimerie
sommaire. Ce sont des « empreintes impressions », qui, à l’aide de
procédés divers, sont répétées à l’envi et toujours différentes. Ils
sont obtenus par un procédé photo-technique: les photographies sont
travaillées en documents au trait, puis elles sont tirées sur un
polymère sensible aux ultra-violets. Après dépouillement, les images en
relief sont collées sur un support. Les images obtenues sont minimales,
mais celles-ci permettent l'interaction avec le public, et tous les
enrichissements que sont les doubles impressions, les bavures, les
filés...
Jean Claude Ruano-Borbalan

« Ma peinture n'a précisément rien à dire. Elle n'est que de couleurs et de frottements. Une peinture pour ne pas penser, pour que la couleur soit une musique simple et directe, fruit d'un geste et provoquant l'émotion.
Sur les plaques d'aluminium, sur les papiers marouflés, sur les toiles tendues, sur tout ce qui se découpe et se peint, coule la pâte huileuse et les encres chromoplast. Les matières s'accrochent au métal ou diffusent en vagues sur des papiers de riz. Cà et là est enseveli le souvenir des rotatives offset. Le geste s'est arrêté sur les bords du film insolé, sur le bleu sale des films plastiques, d'où sourdent parfois les images que le pigment recouvre.
Il y a les nuages aérosols qui vaporisent sous les néons. Il y a le souvenir narquois des bitumes du Fayoum dont l'étroite spatule trace les bandelettes. Il y a le jaune de cadmium et l'Alizarine, et puis toujours, le bleu de Prusse parce que le noir ne peut que se mâtiner de reflets.
Je peins d’un regard façonné par les reliefs de la porte d'Isthar, les idoles des Cyclades, le rouge profond, inimitable d’Herculanum, la puissance d'une fibule alvéolée, le sceptre translucide de Sainte Foy, la puissance d'un bleu de notre dame et l’agneau mystique, qui nous inventa, plus qu’on ne saurait le dire. Et puis bien sûr il y a Matisse.
Tout cela se forge en grandes volutes, striées de lames crissantes : aplats, tournoiements, coupures, l’espace de la toile ou de la plaque devient palimpseste, se charge de la couleur et des matières. Le monde débordant et parfois chaotique s’ordonne de larges bandes ou de filets et les couleurs se répondent, sans heurs, sans haine, sans naïveté. »

